Søk i denne bloggen

onsdag 16. mars 2022

VOYAGES DE LA COMMISSION SCIENTIFIQUE DU NORD, EN SCANDINAVIE, EN LAPONIE, AU SPITSBERG ET AUX FEROE, PENDANT LES ANNÉES 1838, 1839 ET 1840.




En norsk versjon er publisert i Historisk Tidsskrift 1/1992: https://www.nb.no/items/d647e5e99266501db50681f42a4ff239?page=0


Einar-Arne Drivenes

Professor emeritus

 

RÉSUMÉ. - Entre 1838 et 1840, la corvette La Recherche effectue une expédition en Scandinavie dont la mission était principalement d'ordre scientifique : observations géologiques, zoologiques, botaniques, physiologiques et, plus accessoirement, quelques études en sciences humaines. 

Paul Gaimard, médecin de la Marine et naturaliste était à l'origine de cette entreprise qui représente un des premiers exemples de coopération scientifique internationale puisque dix chercheurs scandinaves y participaient.

INTER-NORD n°20, 2002 

 


par Einar-Arne DRIVENES

Université de Tromsø, Norvège. 

 

" Par cette belle entreprise, la France a inauguré l'ère des explorations scientifiques dans l'Arctique et a donné un exemple fécond que les autres nations maritimes ont suivi, mais qu'elle-même a oublié. "
Charles Rabot (1935)

 

 

Le 13 juin 1838, la corvette La Recherche quitte le port du Havre pour se diriger vers le nord, avec à son bord une commission scientifique chargée par le ministre de la Marine française de procéder à des observations scientifiques. 

La commission est dirigée par le Français Paul Gaimard, médecin de la Marine et naturaliste. Aux scientifiques français, se joignent des savants danois, norvégiens et suédois. Pendant trois années, La Recherche effectuera trois expéditions d'été aux îles Feroë, dans le nord de la Norvège, dans la mer Blanche et à Arkhangelsk. Quelques chercheurs passeront l'hiver 1838-1839 dans le Finnmark, pendant que d'autres voyageront en Norvège, Suède, Finlande, Danemark et Russie.

  MOTIVATION, HISTOIRE DE LA RECHERCHE ET COOPÉRATION INTERNATIONALE


 Il convient tout d'abord de replacer cette expédition dans son contexte historique : qui en prit l'initiative et quels en étaient les objectifs ?


Les historiens ont attaché peu d'importance à ces questions, privilégiant l'étude des rapports de l'expédition et négligeant les archives. L'étude détaillée du programme de recherche de la commission nous renseigne, dans une certaine mesure, sur les motivations et les objectifs. Les travaux préparatoires du programme de recherche, mettent en lumière, en particulier, le caractère international de cette entreprise. Nous n'insisterons pas sur son déroulement et ses résultats dont l'accès est aisé au travers des rapports connus de la commission.

  L'EXPÉDITION QUE LA FRANCE A OUBLIÉE


 


 L'Expédition de La Recherche semble méconnue dans son pays d'origine, la France, où aucun ouvrage ne lui est, à ma connaissance, consacré ., en dépit de l'importance de ses résultats . 

L'expédition n'est généralement pas plus mentionnée dans les ouvrages généraux consacrés aux expéditions scientifiques dans l'Arctique . Peut-être n'a-t-elle pas été considérée en tant qu'expédition polaire ou a-t-elle été oubliée ; difficile à dire, aucune définition des termes "
recherche arctique " ou " expédition polaire " n'étant donnée dans les ouvrages de référence.

  DÉLIMITATION DE L'ARCTIQUE


 L'initiative de cette expédition s'inscrivait dans le même esprit que les expéditions anglaises de la même époque. Une grande partie du travail de recherche de l'expédition peut être considérée comme " arctique ".
Nous distinguerons ici les " territoires du Nord " et l'" Arctique " : les territoires du Nord désignent le nord du cercle polaire, terre et mer, l'expression " arctique " concerne la mer et la terre au nord du 10° isotherme de juillet (limite septentrionale des arbres).

Quant à la recherche arctique, il est plus difficile d'en donner une définition géographique. Dans le secteur arctique de la Scandinavie, la plupart de ceux qui exploitaient les ressources naturelles étaient originaires des zones subarctiques. La recherche en ethnohistoire et anthropologie arctique concerne souvent des sociétés situées en dehors de l'Arctique. C'est également vrai pour la seule population scandinave qui, selon la tradition, est considérée comme une population arctique : les Sames. Il faut ajouter que la recherche scientifique est très souvent localisée en dehors de l'Arctique.
Haut de la page

  L' " EXPEDITION DE LA RECHERCHE " DANS L'HISTOIRE DE LA RECHERCHE.


 L' Expédition de La Recherche est intéressante à plus d'un titre. Pour l'historien de l'université la plus septentrionale de la Norvège que je suis, cette expédition a fourni des informations précieuses sur l'histoire en général et celle de l'extrême-Nord en particulier. Tous les spécialistes de l'histoire locale du nord de la Norvège connaissent l' " Expédition de La Recherche " ou " Expédition Gaimard ". De nombreux récits de voyage lui ont été consacrés, qui, ajoutés à d'autres récits analogues de la même période, ont contribué à une meilleure connaissance des territoires septentrionaux . Mais ce sont peut-être les dessins effectués au cours de l'expédition qui sont les plus révélateurs pour nous.
Il s'agissait de la première grande expédition de recherche interdisciplinaire, de la Norvège au Finnmark et des espaces marins situés entre le Svalbard et le nord de la Scandinavie. Pour la première fois, on tentait de réunir une documentation scientifique sur ces espaces, à une époque où les zones côtières du nord de la Scandinavie connaissaient une période de prospérité économique et démographique, liée principalement à l'exploitation des ressources naturelles. L'expédition constitue à ce titre un élément intéressant de l'expansion européenne dans les territoires arctiques.

L'entreprise s'était donné une dimension internationale. Aux côtés des chercheurs scandinaves, P. Gaimard avait engagé de nombreux savants européens renommés. L'exploration arctique dans les années 1870 a marqué un tournant dans l'histoire de la coopération scientifique internationale . Le premier témoignage de cette coopération fut, en 1882, l'Année Polaire internationale .

L'expédition, collaborant avec des chercheurs scandinaves, fait donc partie de l'histoire de la recherche de ces pays. Plusieurs parmi les meilleurs naturalistes nordiques ont participé ou se sont engagés dans cette expérience. Les documents et les archives de l'expédition apportent le
témoignage des travaux de ces chercheurs dans les territoires septentrionaux et l'Arctique, avant que les Scandinaves ne se lancent eux-mêmes dans l'exploration avec les grands pionniers : Nordenskjold (Suède) et Nansen (Norvège) .

L'Université de Tromsf porte un intérêt particulier à cette expédition, car elle marque le début des recherches sur l'aurore boréale au nord de la Norvège, domaine scientifique qui l'intéresse tout particulièrement.

L'expédition permet également d'étudier les interactions entre recherche et politique. Le responsable de l'expédition était, en effet, en étroite relation avec les autorités politiques françaises et nordiques. Cette période était dominée par les grandes expéditions anglaises maritimes et scientifiques en Arctique. L'intense activité de la Grande-Bretagne était essentiellement militaire et on peut se demander si l'Expédition de La Recherche ne témoigne pas aussi des intérêts que portait un autre grand pays européen aux territoires septentrionaux.

Dans le domaine arctique, la première moitié du XIXe siècle fut caractérisée par des expéditions maritimes à caractère résolument scientifique. Ce fut la Marine anglaise qui joua sans aucun doute le rôle le plus important, avec, en particulier, les expéditions dirigées par R. E. Parry, John Ross et John Franklin.

M. Kirwan, dans son ouvrage sur l'exploration polaire (1960), a montré la portée des progrès de la science et de la technologie sur la recherche polaire au XIXe siècle. Les plus importantes innovations technologiques - le passage de la voile à la vapeur, l'utilisation du fer dans la
construction navale, le télégraphe, etc...- ne virent le jour que dans la dernière moitié du siècle. Cependant, on voit apparaître dès la fin du XVIIIe siècle et au début du XXe siècle, un intérêt accru pour la documentation purement scientifique des " zones blanches " de la terre. Des associations se consacrant à l'exploration géographique se créent, telles l'Association africaine (Angleterre 1788), l'Association palestinienne (Angleterre 1804), la Société de Géographie de Paris (1821), la Gesellschaft für Erdkunde (Berlin 1828) et la Société géographique de Londres (1830).

Ces associations étaient plus orientées vers les sciences appliquées que les anciennes académies scientifiques nationales. Il devint primordial d'acquérir des compétences pratiques (celles des capitaines des flottes baleinières et de chasses au phoque). Tandis que les académies nationales scientifiques demeuraient les organes consultatifs des autorités pour les questions d'ordre scientifique, ces associations jouaient un rôle capital de conseil pour l'équipement et la mise en oeuvre des expéditions.

Elles contribuaient également à une spécialisation scientifique accrue et à la divulgation des résultats scientifiques auprès d'un large public, permettant ainsi aux expéditions de gagner en reconnaissance et en popularité.

La connaissance scientifique était bien sûr l'un des principaux enjeux de ces expéditions, mais il convient d'y ajouter des motifs économiques, politiques et nationalistes. La création de la Société de Géographie de Londres reposait sur la nécessité d'acquérir des connaissances plus précises dans le domaine de la géographie physique et humaine. En tant que grande puissance, la Grande Bretagne s'appuyait sur des raisons économiques et politiques. Au cours de la première moitié du XIXe siècle, la Grande Bretagne était, on l'a vu, très active dans le domaine de l'exploration polaire, répondant aux ambitions des deux autres grandes puissances intéressées par ces espaces : la Russie et les Etats-Unis . Pour cette raison même, l'activité anglaise dans la première moitié du XIXe siècle s'est concentrée autour de la partie arctique du Canada, la côte ouest du Groenland et enfin l'espoir de réaliser le vieux rêve de découvrir le passage du nord-ouest.

Mentionnons un autre aspect des expéditions polaires dans les années qui suivirent les guerres napoléoniennes : elles furent particulièrement maritimes et plus spécialement britanniques. Si la " liberté des mers ", comme la proclamait l'Angleterre, était une réalité, il convenait d'explorer les espaces marins jusqu'alors inconnus. La marine britannique en prit donc la responsabilité, se chargeant elle-même de maintenir et de garantir cette " liberté des mers ".

Selon M. Kirwan, les expéditions polaires changèrent de caractère dans la dernière moitié du XIXe siècle, du fait, sans doute, des nouvelles technologies de communication. Les grandes expéditions nationales de la Marine furent remplacées par deux autres types d'expéditions. On vit ainsi apparaître une série d'expéditions polaires mineures et plus individualistes dont la motivation reposait le plus souvent sur le goût de l'aventure et de la conquête. Par ailleurs, d'autres expéditions strictement scientifiques, accordant peu d'importance à de nouveaux territoires, furent organisées pour la plupart sur terre et sur la banquise. Vers 1880, les premières tentatives de coopération internationale dans le domaine polaire virent le jour, dans le cadre notamment de la Première Année internationale polaire de 1882. C'est dans ce deuxième type d'expérience qu'il faut ranger l'expédition française.
Haut de la page

  L'EXPÉDITION DE SAUVETAGE DEVIENT UNE EXPÉDITION DE RECHERCHE


 Mais quel était l'objectif premier de cette expédition en Scandinavie ? De 1834 à 1836, la Marine française lança une expédition pour retrouver le bâtiment français La Lilloise, disparu entre l'Islande et le Groenland au cours de l'été 1833. La Lilloise, commandée par Jules de Blosseville, avait été chargée d'étudier l'est du Groenland, en parallèle avec une mission de garde-pêche des bâtiments français. En 1835, deux naturalistes, Paul Gaimard et Eugène Robert décident de se joindre à l'expédition et d'effectuer des recherches scientifiques en Islande tandis que le navire français entame les recherches. On ne trouva pas La Lilloise mais les travaux de recherche s'avérèrent si fructueux que Gaimard réussit à obtenir une extension du programme scientifique l'année suivante. Il parvint également à convaincre le ministre de la Marine, l'Amiral Duperré, de nommer une Commission scientifique d'Islande et du Groenland, dont il serait lui-même président et responsable des disciplines de zoologie, médecine et statistique. Les autres participants : Victor Lottin, responsable des recherches astronomiques, physiques et magnétiques ; Eugène Rover, pour la géologie, la minéralogie et la botanique ; Xavier Marmier pour l'histoire, la linguistique et la littérature, enfin, Louis Bevalet et August Mayer, dessinateurs de l'expédition, sans oublier le météorologue Raoul Angles qui n'a laissé aucun rapport écrit .

  ETUDE DES ARCHIVES


 L'expédition dans les pays scandinaves, de 1838 à 1840, fut un prolongement direct des expéditions de 1835 et 1836. Une lettre datée du 22 mars 1837 révèle que P. Gaimard, E. Robert et X. Marmier préparaient un voyage à Copenhague et à Christiania (Norvège) dont le but était de rassembler des informations supplémentaires sur l'Islande et le Groenland. Ils pensaient collecter des informations en visitant les grandes bibliothèques de Norvège et du Danemark qui, du point de vue historique, étaient les plus proches de l'Islande et du Groenland, et prendre contact avec les spécialistes de ces régions . Selon cette lettre et la correspondance ultérieure, ce voyage était nécessaire avant la publication des rapports d'expédition en Islande et au Groenland. La commission, par l'intermédiaire de P. Gaimard, était à l'origine de ce projet de voyage. 

Tout en craignant que la publication dont le ministère de la Marine avait la responsabilité n'en soit retardée, le ministre approuva formellement le voyage qu'il jugeait nécessaire, à condition que le séjour soit aussi bref que possible et que P. Gaimard participe lui-même à la " publication de l'ouvrage " . Le ministre donna enfin son accord fin juin 1837 et X. Marmier et E. Robert partirent pour le Nord en 1837, tandis que le départ de P. Gaimard était reporté plusieurs fois, entre autres en raison du décès de l'un de ses frères. L'autre préoccupation de P. Gaimard était certainement l'extension des recherches en Scandinavie . Il semble que les savants envisageaient un voyage plus étendu au nord de l'Europe avant l'approbation du ministre de la Marine .

Il était aisé pour P. Gaimard d'argumenter en faveur d'une extension du voyage en se référant aux directives données par les ministères et en particulier celui de la Marine. Ces directives (voir ci-après) et surtout les réponses données par les institutions scientifiques françaises auxquelles P. Gaimard s'était adressé, lui donnèrent une liberté plus grande encore. Celles-ci envisageaient une expédition de recherche particulière en Scandinavie, qui porterait essentiellement sur les régions les plus septentrionales. 

C'est la raison pour laquelle P. Gaimard, à la fin octobre, proposa une expédition en Scandinavie et au Spitsberg. Il sut manoeuvrer habilement en faisant valoir qu'il s'agissait uniquement de l'extension d'un projet déjà approuvé :

" Projet d'un Voyage par terre au Cap Nord, suivi d'une Excursion au Spitsberg "

Paris, 21 octobre 1837

Amiral,
J'ai l'honneur de soumettre à votre Excellence le projet d'un voyage par terre au Cap Nord, suivi d'une excursion au Spitsberg.

Ce n'est point à proprement parler un Voyage nouveau, mais seulement une extension donnée à celui que vous m'avez autorisé à faire en Norvège, dans le but de comparer ce pays, sous tous les rapports, à l'Islande qui lui doit ses habitants. Avant de soumettre ce projet à votre Excellence, j'ai recueilli l'opinion des juges les plus compétents. Le Bureau des Longitudes, le Muséum d'Histoire naturelle, les physiciens, les naturalistes et les médecins les plus distingués de l'Institut l'ont tous approuvés, d'une voix unanime " .


Le ministre de la Marine, M. Rosamel, fit rapidement connaître sa décision et, avant la fin du mois, il s'adressa au roi en recommandant une subvention et lui demanda de contribuer à l'acquisition des instruments de recherche nécessaires. Le ministre proposa que le dessinateur Mayer et les naturalistes Lottin et Bravais se joignent à l'expédition. A. Mayer et V. Lottin avaient participé au voyage de 1835, tandis qu'Auguste Bravais, officier de Marine, astronome et physicien, était nouveau. Plus tard, le botaniste Charles Martins se joignit à la commission. P. Gaimard désirait également inclure Raoul Anglès et Louis Bevalet qui participèrent ainsi à l'expédition de 1838.

L'expédition se composait donc de ces neuf Français et de dix savants scandinaves (voir ci-après). En 1839 et 1840, des changements intervinrent que nous n'évoquerons pas ici .

La lettre de P. Gaimard à l'ambassadeur suédois, datée de décembre 1837, montre le vif intérêt du roi Louis-Philippe pour l'expédition, il mena lui-même des expériences lors de son voyage dans le nord de la Scandinavie mais il ne semble pas qu'il ait lui-même prit l'initiative de recherche dans les territoires du Nord.

" ... a reçu de Sa Majesté Louis-Philippe l'approbation la plus gracieuse et la plus complète. Le Roi a trouvé ma demande trop modeste et il veut lui-même nous donner ses instructions particulières sur la Norvège et la Laponie qu'il a visitées en 1796 " .
En automne 1837, la décision de principe était déjà prise : une grande expédition d'étude et de recherche s'effectuerait en Scandinavie et au Svalbard. L'ambition et le territoire à couvrir par cette expédition s'étaient considérablement accrus, en comparaison du projet de voyage du printemps 1837 ; ce qui, initialement, n'était que la conclusion des expéditions islandaises, devint une véritable expédition de recherche. Les sources consultées démontrent le rôle décisif de la commission scientifique de l'expédition de 1836, sous la direction de Gaimard, dans l'aboutissement de ce projet.
Haut de la page


  LES MOTIFS DE L'EXPÉDITION


 Il semble difficile de définir l'ensemble des motifs et les raisons profondes de ce projet. D'une part, beaucoup d'acteurs sont en jeu et on y trouve mêlés des objectifs scientifiques, documentaires, d'information administrative et des intérêts politiques supérieurs. En outre, la documentation concernant le programme est vaste et difficile à cerner. La correspondance de P. Gaimard constitue le matériau le plus important et le plus riche susceptible de nous éclairer sur le but et le programme de l'expédition. Certaines lettres sont capitales (voir ci-après). Dans les archives de P. Gaimard, se trouve également une lettre du ministre de la Marine au roi sur le projet et, dans les archives de l'expédition elle-même, des lettres fort intéressantes de ce point de vue . 

Les documents les plus marquants sont les " instructions " données à P. Gaimard par les institutions et les personnalités contactées à propos du voyage. Elles ont été publiées et comprennent environ 550 pages dont la plupart concernent le voyage en Scandinavie. On sait quel statut attribuer à ces instructions, mais elles ne peuvent être considérées véritablement comme le " programme de recherche " de l'expédition. Il est préférable d'y voir une déclaration consultative émanant des groupes scientifiques et des organes administratifs, ou encore comme une distribution des tâches incombant à l'expédition : 

" ... vous m'avez fait l'honneur de me demander quelques instructions propres à guider vos recherches.... "
 

Ce matériel documentaire est cependant important, car il montre de quelle manière les groupes d'intérêt évaluaient l'utilité de ce projet. Distinguons quatre groupes d'acteurs agissant derrière cette expédition : le roi Louis Philippe ; les autorités de décision avec le ministère de la Marine, responsable du projet ; la commission scientifique sous la direction de P. Gaimard et enfin les institutions scientifiques françaises. 
Haut de la page

  UTILITÉ DE L'EXPÉDITION POUR LES AUTORITÉS FRANÇAISES


 Pour une grande part, les instructions transmises par les ministères n'étaient qu'une copie des réponses données par les organes administratifs. Elles exprimaient les désirs de l'administration publique. Sept ministères étaient représentés. Le ministère des Affaires Intérieures demandait des renseignements sur les voies de communication, sur les prisons et sur l'administration des communes. Le ministère des Travaux publics, de l'Agriculture et du Commerce cherchait à se documenter sur le commerce intérieur et sur l'organisation médicale. Le Ministère de l'Armée s'intéressait aux " manuscrits ou imprimés sur la législation, l'Histoire, les Sciences et les Arts, qui ont un intérêt direct pour la Marine. " Les demandes du ministre de l'Instruction publique concernaient, pour la plupart, les grandes bibliothèque et les musées où on désirait surtout compléter les collections, se documenter aussi bien sur les caractères runiques que sur les papiers de Descartes : " … il y a lieu d'espérer que la Suède a gardé avec plus de soin ceux que le philosophe français y avait laissés. " Le musée scientifique de Paris demandait des squelettes de " narhval " (baleine), d'élan, de glouton, des têtes d'ours bruns et autres ours terrestres du Nord. "

A la lecture des instructions données par les ministères, on a le sentiment que ce projet fut considéré comme un voyage de recherche financé par les autorités publiques, le but étant de recueillir des renseignements utiles pour les autorités françaises, et des écrits et documents destinés aux bibliothèques et aux musées publics. Dans les déclarations des ministères, les motivations politiques de l'expédition ne sont pas mentionnées. On ne dit rien non plus sur les territoires du Nord ou de l'Arctique. Cependant, tout porte à croire que les ministres de la Marine, MM. Duperré et Rosamel, considéraient l'expédition en Islande et dans les pays nordiques, comme la réponse de la France à l'exploration active de la Grande Bretagne dans les territoires du Nord. En tout cas, Gaimard utilisait de tels arguments pour valoriser son projet :

" La France avait exploré les contrées les plus reculées des mers du Sud… et le Nord ne nous était guère connu que par les relations des Anglais, des Hollandais, des Allemands. Il y avait là une lacune dans le cours de nos voyages, un vide dans le cercle de nos études. " 

" … M. l'amiral Duperré, ministre de la Marine, toujours zélé pour la gloire nationale, donna son entière approbation au projet de M. Gaimard… M. l'amiral Rosamel, animé pour la science et pour l'honneur de la marine… " 

Quand Gaimard parle de la France, il pense plus à son prestige sur le plan de l'exploration qu'à des motivations politiques. Ses sentiments et ceux de la commission sont d'ailleurs clairement exprimés dans une longue lettre adressée au ministre de la Marine de 1840 pour une demande d'hivernage dans le Finnmark :

" Vous n'ignorez pas, Amiral, qu'une grande série d'observations magnétiques et météorologiques simultanées vient d'être organisée par les puissances européennes… La France n'est restée étrangère à ce mouvement… " 

Haut de la page

  UNE EXPEDITION DE RECHERCHE ARCTIQUE


 Les autorités politiques ne sont donc pas intervenues dans l'orientation " arctique " de l'expédition qui résultait plutôt du soutien que les milieux scientifiques français et étrangers accordèrent à Gaimard.

Leurs recommandations portent aussi bien sur les disciplines des sciences naturelles que sur les sciences humaines. P. Gaimard regroupait les " instructions " des milieux scientifiques en six grandes disciplines : (1) physique générale, (2) géologie et minéralogie, (3) zoologie, (4) botanique, horticulture et agriculture, (5) physiologie, médecine et chirurgie, (6) science sociale et législation.

Nombre d'organismes scientifiques soulignaient l'importance des observations dans les territoires arctiques et la réponse du Bureau des Longitudes, en septembre 1837, semble avoir joué un rôle important dans l'approbation du ministre de la Marine en octobre :

" C'est toujours sur les variations diurnes d'inclinaison et de déclinaison que l'attention se portera naturellement. C'est toujours pendant l'apparition des aurores boréales que les variations irrégulières offrent un grand intérêt… La comparaison des variations régulières aux époques des jours les plus longs et les plus courts est également importante. " 

Dans son rapport au roi, le ministre de la Marine, M. Rosamel, a souligné ce point. Les instructions données après la décision confirmaient le souhait d'une expédition " arctique ". Ce fut le cas pour Alexandre Humboldt (Berlin) avec qui P. Gaimard était en correspondance suivie. A. Humboldt souligne dans sa lettre, l'importance des " observations à faire à l'extrémité de l'Europe boréale. " Cette argumentation fut également utilisée lors d'un hivernage dans le Finnmark en 1840 :

" D'après l'opinion des savants du Nord, d'après celle de MM. Lottin et Bravais, il paraît constant que des observations faites près du Cap Nord seraient même d'un intérêt supérieur à celles que l'on peut effectuer dans les zones tempérées ou équatoriales. " 

- Les documents émanant des milieux scientifiques ainsi que les instructions des ministères témoignent d'une profonde volonté d'approfondissement des connaissances dans de nombreux domaines. L'Académie royale des Sciences de Paris fit un rapport sur la " Météorologie et la physique du globe dans l'Europe septentrionale. " Le rapport est épais -plus de 30 pages imprimées- et concerne :

 

- Anomalie touchant la distribution de la température dans l'atmosphère.
- Température de la terre dans les régions polaires et sur le croupe des montagnes élevées
- Sources thermales
- Effets de déboisement
- Réfractions atmosphériques
- Courants sous-marins
- Vents
- Phénomènes de lumière atmosphérique
- Aurores boréales
- Electricité atmosphérique
- Electricité près des cascades
- Marées
- Couleur de la mer
- Trombes

Contrairement aux instructions données par l'administration publique, celles des milieux scientifiques étaient dominées par les sciences naturelles. P. Gaimard avait aussi établi un groupe de science sociale et législation, mais de relativement peu d'importance, les points principaux concernant la " constitution sociale de la Scandinavie ", l'enseignement public dans les pays nordiques, la législation du commerce et le " Droit des gens. " Dans ce groupe, seul M. Brossais s'intéressait à l'observation de l'homme physique dans ses rapports avec l'homme moral. " Voilà qui posait la question de l'incidence des conditions climatiques sur la morale et le comportement social.
Haut de la page

  LE PROGRAMME DE L'EXPEDITION


 Les " instructions " des autorités et des milieux scientifiques comprenaient tant de thèmes et posaient tant de questions, qu'il semblait impossible que l'expédition réponde à toutes. Au début, on envisageait seulement une expédition d'été suivie d'un hivernage. J'ai donc recherché un programme de recherche plus précis et plus concret émanant de la direction de l'expédition.

Un résumé des études envisagées figure dans la lettre de P. Gaimard datée du 23 mars 1838, au directeur de l'Académie scientifique suédoise, le chimiste Jacob Berzelius . M. Nissen considère cette lettre comme le " programme de l'expédition " . Il ne s'agit en fait que d'une partie des travaux dont l'expédition était chargée au début. Cependant, le document est important, car c'est la seule présentation détaillée du programme et on peut la considérer comme sa partie " arctique ".

P. Gaimard y a souligné la nécessité d'adapter le programme aux " circonstances imprévues de la route, du temps… " Il a noté rapidement les observations qui devaient être entreprises dans les territoires marins entre le Cap Nord et le Svalbard, au Svalbard et pendant l'hivernage dans le Finnmark.

Ainsi, pendant la traversée du Svalbard, on avait projeté d'examiner " les courants… des épreuves de températures sous-marines ", et de " recueillir de l'eau à de grandes profondeurs. " On devait aussi y procéder à des mesures barométriques analogues à celles qui avaient déjà été faites par les capitaines Phipps et Sabine ; on devait également observer les conditions de température dans l'atmosphère et donc se munir d'un ballon à gaz hydrogène à l'aide duquel on espérait pouvoir faire des mesures jusqu'à 1000 m d'altitude. Dans l'arrière-pays, on devait mesurer la température interne des glaciers (moins 30 pieds) et étudier la vie animale et végétale, la végétation et la germination. On désirait déterminer si les plantes " manquent de respiration nocturne " sous exposition du soleil de minuit. On espérait comparer les taux d'acide carbonique contenus dans l'air du Svalbard avec celui des latitudes plus méridionales. P. Gaimard ignorait comment procéder à ces observations et il demanda conseil à J. Berzelius. Des relevés minéralogiques et géologiques devaient également être effectués dans l'arrière-pays. P. Gaimard projetait en outre des recherches hydrographiques sur la côte est et sud du Svalbard, conditionnées par l'état des glaces et la mise à disposition d'un bâtiment de secours. Enfin, pendant la traversée et le séjour au Svalbard, on projetait des observations magnétiques, de latitude, de longitude et de marées.

Il était également prévu de procéder à des observations magnétiques et astronomiques au cours de l'hivernage dans le Finnmark. P. Gaimard s'intéressait surtout aux aurores boréales : déterminer la hauteur de l'aurore et son rayonnement vers l'espace ainsi que son mouvement de translation ; vérifier l'existence d'une influence de l'aurore boréale sur le baromètre, enfin, étudier le phénomène au moyen du cerf-volant électrique.

Les savants devaient relever la hauteur des étoiles passant près de leur horizon afin d'étudier l'influence du froid et des changements de température dans l'atmosphère sur les réfractions astronomiques près de l'horizon. La question des réfractions terrestres devait également être étudiée en plaçant des mires graduées dont les hauteurs seraient prises au-dessus de l'horizon. L'expédition se devait aussi, selon la lettre de Gaimard, observer la hauteur et la direction des étoiles filantes et, à l'aide du ballon, examiner les températures et les densités dans les différentes couches de l'atmosphère. La température interne du sol à trente pieds devait être mesurée plusieurs fois par jour, ainsi que celle des sources, sans oublier celle de la mer sur la côte et à peu de distance au large. On devait relever aussi la température interne des troncs d'arbre, particulièrement des pins de la forêt d'Alta. On projetait également de recueillir des échantillons surtout en milieu marin, peu connu. En outre, les membres de la commission désiraient étudier " l'homme physique dans ses rapports avec la connaissance de l'homme moral. "

P. Gaimard s'engagea à continuer les observations que J. Berzelius avait proposées. Il s'agissait entre autres d'analyses de roches, de tourbes, d'eaux minérales, de l'air contenu dans l'eau et de la vessie natatoire des poissons. Cependant, de nombreux autres sujets d'étude étaient envisagés par les savants hivernant dans le Finnmark : influence du froid sur la vie animale, mesure des températures des hommes et des animaux, analyse de la composition du sang et de ses propriétés physiques, observations du temps (vent et pluie), observations de la cristallisation de la neige et des courants marins.

P. Gaimard ne donna pas d'indications précises sur le programme des membres qui devaient poursuivre le voyage par terre vers le sud : " Ceux-ci exploreront la Laponie et opéreront leur retour par Tornea, Umea et Stockholm. "
Haut de la page

  " ... NI RACE HUMAINE, NI LANGUE, NI TRADITIONS, NI HISTOIRE... "


 L'examen du programme " arctique " de l'expédition montre le peu d'importance accordée aux sciences sociales. Elles sont à peine mentionnées dans la lettre de P. Gaimard.

Xavier Marmier, responsable du secteur histoire, littérature et langue, s'inquiétait évidemment du rôle prédominant des sciences naturelles. Il demanda à ne pas participer au voyage au Svalbard et, dans une longue lettre à P. Gaimard, datée du 20 août il en donne les raisons : ne devant " trouver ni race humaine, ni langue, ni tradition, ni histoire.... ", il pensait plus raisonnable d'étudier la population scandinave septentrionale.

Dans cette lettre et dans une autre de l'automne 1839 , X. Marmier propose un programme de recherche pour la Scandinavie septentrionale. Evidemment impressionné par les capacités de survie des populations maritimes dans ces conditions extrêmes, il s'interrogeait sur l'influence de ces dernières sur le développement intellectuel de la population. Il s'intéressait principalement à l'enseignement public et voulait orienter son étude sur la situation du commerce et le développement de la pêche, ainsi que l'activité commerciale dans le Finnmark.

Cependant, X. Marmier faisait porter l'essentiel de sa recherche sur la population same (lapone) : " Et c'est là un sujet d'étude plus neuf encore, plus curieux et plus étendu. Toute cette pauvre race, dispersée le long des côtes ou à travers les montagnes, est encore très peu connue et très méconnue. " 

X. Marmier critiquait ceux qui avaient répandu une image superficielle et injuste de ce peuple et qui considéraient les Lapons comme inférieurs sur le plan culturel et intellectuel. Après avoir vécu avec eux sous la tente et partagé leurs repas, il se fit une idée plus nuancée de ce peuple. Certes, il s'était heurté à leur méfiance et regardait l'alcoolisme comme un réel problème. Cependant, il soulignait leur bienveillance et leur hospitalité. Sur le plan culturel, il indiquait qu'il avait vu des familles où le père chantait des cantiques et les enfants apprenaient à lire " sur les genoux de leur mère. "

X. Marmier faisait preuve d'une connaissance impressionnante de l'histoire, la culture et la langue du peuple same. Pour comprendre la situation difficile dans laquelle se trouvait selon lui la culture same, il recommandait fortement l'étude historique du développement de la culture et de la langue. Il attachait surtout de l'importance au changement de religion qui avait entraîné une mutation de culture. Dans le même temps, il insistait sur la nécessité d'une observation de ce peuple sur une plus longue période. En 1839, il demanda l'autorisation à P. Gaimard de passer l'automne et l'hiver parmi les Sames, afin " de suivre leur migration et d'observer diverses circonstances de leur vie. " et souhaitait la présence d'un dessinateur de l'expédition pour qu'il puisse dessiner " des têtes des Lapons, des tentes, des groupes de familles et toutes les scènes étrangères qui surprendront nos regards... "
Haut de la page

  COOPÉRATION INTERNATIONALE


" Une foule de motifs rendent désirable la présence de ces personnes étrangères dans le sein de notre Commission. " (P. Gaimard dans une lettre adressée au ministre de la Marine en 1840). 

 Les rapports et les archives de l'expédition font apparaître l'importance de la coopération internationale moins profitable cependant que prévue, en raison de la brièveté des temps de préparation et de réalisation du projet. M. Nissen le souligne et note que la lettre de P. Gaimard à J. Berzelius, contenant le programme " arctique " de l'expédition, ne fut adressée qu'assez tard (mars 1838). Ce programme fut envoyé en effet à plusieurs savants et explorateurs polaires célèbres en Europe afin de recueillir leur opinion et notamment MM. Humboldt, Buch, Gauss (Allemagne), Franklin, King, Parry, Ross et Sabine (Angleterre), Hansteen et Keilhau (Norvège). 

Selon M. Nissen le milieu international de la recherche n'a certainement pas disposé de suffisamment de temps pour accorder toute l'aide souhaitable à l'entreprise. Au moment où P. Gaimard adressa sa lettre à J. Berzelius, l'expédition, décidée dans la hâte et pressée par le temps, ne put étudier complètement l'intégralité des rapports envoyés par ces savants. 

Cependant, M. Nissen réfute l'importance de la coopération internationale au cours des préparatifs, sans prendre en considération les contacts déjà établis par nombre de participants français de la commission scientifique. Ainsi, il semble que les échanges avec A. Humboldt aient été effectifs depuis longtemps. 

De même, il est inexact d'affirmer que P. Gaimard n'obtint pas de réponse à sa demande de mars 1838. L'expédition avait dès 1838 et ultérieurement, de bonnes relations avec Alexandre Humboldt et d'autres savants européens qui prodiguèrent conseils et assistance pratique, allant jusqu'à la construction d'instruments scientifiques destinés spécifiquement à l'expédition. En fait, J. Berzelius était très satisfait du programme de recherche de P. Gaimard :
" Il paraît que vous avez parfaitement saisi tous les points qui méritent d'être l'objet de vos recherches, du moins je n'ai rien trouvé à y ajouter. " 

Paul Gaimard essaya en 1840, je le répète, de persuader les autorités françaises de subventionner encore un hivernage dans le Finnmark. Sa lettre au ministre de la Marine révèle que, dans les années 1830, on tenta de coordonner les observations magnétiques et météorologiques réalisées dans plusieurs pays européens. Alexandre Humboldt y jouait un rôle important. Il souhaitait un engagement plus actif de la France dans les milieux internationaux .

Cependant, c'est surtout la coopération avec des savants scandinaves qui caractérisa cette expédition. Des relations avec ces milieux scientifiques s'étaient nouées au cours du séjour de X. Marmier et E. Robert en 1837-1839. Il semble que le directeur de l'Académie Royale de Suède, Jacob Berzelius, ait joué un rôle important de coordinateur. Comme on peut le constater dans la lettre de mars 1838 que lui a adressée P. Gaimard, le contact était déjà établi auparavant. D'autres savants furent également sollicités pendant leur voyage dans les pays nordiques, un an avant la réalisation de l'expédition.

P. Gaimard profita aussi de la présence à Paris de savants scandinaves pour mieux se familiariser avec le milieu scientifique de ces pays. On trouve ainsi des lettres amusantes de Michael Sars, océanographe, qui passa l'été 1837 à Paris et écrivit en juillet 1837 plusieurs lettres d'introduction pour P. Gaimard en Norvège, notamment auprès du géologue Keilhau . 

La participation de savants scandinaves à l'expédition française n'avait pas seulement des motivations idéalistes. Certes, en établissant des rapports avec les chercheurs locaux, l'accès aux documents et à la littérature nordiques fut plus aisé, mais le but de Gaimard était de " faire connaître la Scandinavie d'une manière grave et sérieuse. " Les chercheurs scandinaves s'en chargeraient. En pratique, l'avantage d'avoir des participants qui parlaient la langue et connaissaient les conditions locales était évident et Gaimard pensait qu'une attitude positive à leur égard devrait renforcer la bienveillance dont les autorités faisaient preuve. 

L'idée d'adjoindre des savants scandinaves à la commission scientifique fut lancée par P. Gaimard dans une lettre à l'ambassadeur suédois en décembre 1837, juste après avoir obtenu l'approbation par les autorités d'une expédition de " recherche " . L'accueil favorable que Marmier et Robert avaient rencontré chez les savants et les autorités suédoises, surtout chez le roi Karl Johan, n'y était pas non plus étranger. Les autorités de ces pays devaient désigner leurs propres participants.

La partie scandinave de la commission comprenait en 1838 cinq Suédois : Carl Bertil Lilliehöök, officier de marine, qui s'occupait des observations astronomiques et magnétiques ; le physicien Per Adam Siljeström, le zoologiste Carl Jacob Sundevall, le prêtre et botaniste Lars Levi Laestadius et le comte de Gydenstolpe, officier d'Etat. Les Danois étaient représentés par le botaniste Jens Moestue Vahl et le zoologiste Henrik Kröger. Les trois membres norvégiens étaient le médecin, physiologue et zoologiste Christian Boeck, Christian Due, officier de marine, qui s'occupait de l'hydrographie et des observations magnétiques au sol et l'officier d'ordonnance E. G. Meyer. 

La coopération avec des chercheurs et leurs longs séjours sur place, permirent à Marmier et Gaimard d'établir des contacts avec les spécialistes des territoires arctiques qui ne participaient pas à l'expédition. Ce fut le cas de deux chercheurs norvégiens bien connus : Hansteen et Keilhau. 
Haut de la page

 

  UNE EXPEDITION EN AVANCE SUR SON EPOQUE


 L'expédition de La Recherche constitua une expédition scientifique très complexe de la Marine, essentiellement consacrée aux observations scientifiques. Elle était caractéristique de son époque et les occupations politiques et stratégiques y occupaient une faible place.
L'expédition n'avait pas pour but la recherche des passages du Nord-Ouest ou du Bassin central du Pôle. Elle se distingue donc des expéditions anglaises arctiques de cette période. Ce qui en fait une expédition avant-gardiste, c'est la grande importance attachée à la coopération internationale et l'année 1880 marque un tournant dans ce domaine.

Les riches archives et les rapports nous font mesurer les problèmes pratiques que l'expédition eut à résoudre et de quelle manière P. Gaimard dut improviser. Son talent dans ce domaine apparaît dans le fait que l'expédition n'est programmée qu'année après année. La préparation, aussi bien que la réalisation étaient toujours effectuées en hâte. Toutes les lettres de l'hivernage à Alta font état de cette pression. Quelques membres de l'expédition exprimaient également leur embarras quant à la réalisation de certaines instructions. Le grand nombre des rapports permet d'évaluer les résultats de ces objectifs ambitieux et pourrait faire l'objet d'un article ultérieur.

 

mandag 14. mars 2022

SVALBARDFORSKNING OG SVALBARDPOLITIKK 1870-1925. FORSKERE SOM POLITISKE AKTØRER




Adolf Hoel (1879-1964)


Einar-Arne Drivenes, professor emeritus

(Publisert i Nordlit 2012, nr 29) 

 

Det har alltid vært en nær sammenheng mellom vitenskap og politikk i polarområdene. Det gjelder den forskninga som de enkelte nasjonalstatene har stått for, men det gjelder også det internasjonale forskningssamarbeidet. Vitenskap og utforskning har ofte vært brukt politisk, i f.eks. i nasjonsbyggingsprosesser. Men polarforskere har også vært politiske aktører, noe som jeg vil forsøke å få fram i denne artikkelen. Jeg vil bruke Svalbardsaken, prosessen som førte fram til norsk suverenitetsovertakelse i 1925, som utgangspunkt for ei slik drøfting.[2]  Det finnes mange aspekter å gripe fatt i: I hvilken forstand har forskere vært pådrivere for en bestemt politikk og i så fall i hvilken hensikt? Finnes det forskjeller mellom ulike vitenskapsdisipliner, mellom for eksempel kulturfag, historie, folkerett/rettsvitenskap og naturfag. Og finnes det forskjeller mellom ulike land når det gjelder forholdet politikk og forskning? 

Svalbardsprosessen, hvor Svalbard endret status fra terra nullius til å bli en del av kongeriket Norge, kan framstilles som et skuespill i fire akter, hvor første akt omfatter perioden 1870-1890 (sånn omtrentlig), andre akt går fra 1890 til 1907/1908, tredje akt fra 1907/08 til 1918/19 og siste akt avsluttes i august 1925 da Norge formelt fikk suverenitet over øygruppa. Ved alle disse vendepunktene i svalbardpolitikken har forskning og forskere vært involvert i en eller annen forstand. 

Forsknings- og næringsaktivitet i den skandinaviske delen av Arktis økte merkbart i de siste tiårene av 1800-tallet og fram til 1920-årene. Ikke uventet ble tanken om å bringe den største gruppen av de herreløse ishavsøyene, Spitsbergen, inn under norsk eller svensk kontroll lansert i denne perioden.

I 1867 søkte en norsk fangstmann om økonomisk støtte til å anlegge en fast koloni på Spitsbergen som base for fangst- og vitenskapelige observasjoner. Søknaden ble trolig fremmet i samarbeid med den svenske polarforskeren Adolf E. Nordenskiöld (1832-1901) som i 1870 selv søkte om å anlegge en koloni ved Kap Thorsen. Rundt 1870 hadde  meteorologene fattet interesse for sammenhengen mellom klimatiske forhold i polarområdene og i Europa. Det geografiske selskap i Paris hadde bl.a. lansert ideen om en meteorologisk stasjon på Svalbard. Også amerikanerne hadde sine planer, polarfareren Charles F. Hall planla bl.a. en ekspedisjon til Spitsbergen.[3] Nordenskiöld mente også at kunnskap om polarbassengets klimaforhold var avgjørende for å forstå Europas og Skandinavias værforhold. Nordenskiöld ivret for å bringe Spitsbergen under norsk kontroll, og den svenske regjeringen foreslo da også i 1871 at høyhetsretten over øygruppa burde tilkjennes Norge. I svenske næringslivskretser var det interesse for et slikt framstøt og Nordenskiölds initiativ skjedde i samarbeid med dem. Nordenskiöld hadde i 1864 funnet store mengder koprolittforekomster ved Kap Thordsen som en ønsket å utnytte kommersielt.[4]

Initiativet fra Nordenskiöld viser hvor viktig ishavsmiljøet i Tromsø var for han. Her skaffet han seg dyktige ishavskippere og is-loser som hadde lang erfaring med å manøvrere og klare seg i drivisen. Nordenskiöld planla å anlegge en norsk koloni ved  Kap Thordsen. Ei fast bosetting med kompetente ishavsfolk var ei forutsetning for å drive forskning i polarstrøkene ifølge Nordenskiöld. 

 

Enden på visa ble at Sverige foreslo at Norge skulle overta Spitsbergen. Men motstanden fra bl.a. Russland og den påtagelige lunkne mottakelsen forslaget fikk i Norge, gjorde at initiativet falt i fisk. I Norge var polarforskning bare i sin spede begynnelse, og norsk fangst og fiskerinæring hadde andre interesser enn de svenske kapitalistene i dette området. Dessuten kunne dette bli et dyrt prosjekt.

 

Det neste vendepunktet i Svalbardsaka kom først på 1890-tallet da Spitsbergens politiske status igjen ble tatt opp til drøfting, nå fra norsk side gjennom en fortrolig henvendelse fra innenriksminister Wollert Konow (H) til utenriksminister Lewenhaupt våren 1892. Konow fryktet at noen av stormaktene ville underlegge seg Spitsbergen og true norske økonomiske og nasjonale interesser. I 1898 og 1899 drev den tyske havfiskeforeningen fiskeriundersøkelser i områdene rundt Bjørnøya, med gode resultater. Det fristet to private selskaper til å okkuperte Sørhamna på Bjørnøya. Planen var å opprette en hvalstasjon.[5] I 1896 ble det i flere aviser reist krav om at Norge skulle ta Spitsbergen i besittelse. Disse forslagene var trolig påvirket av den nasjonale rusen etter Fridtjof Nansens vellykka polarekspedisjoner. Nå da Norges innsats i polarforskninga var anerkjent overalt, måtte tida være inne for å kreve suverenitet over Spitsbergen. Men i motsetning til i Sverige på 1870-tallet kan jeg ikke se at forskere i Norge var politiske aktører slik Nordenskiöld var.[6]

 

Riktignok engasjerte noen historikere seg i spørsmålet om oppdagelsen av øygruppa. Var virkelig Wilhelm Barents den første oppdageren? Da Dagbladet foreslo en internasjonal overenskomst som sikret Bjørnøya status som ingenmannslandhvor alle skulle kunne høste av naturressursene under ”samtlige interesserede Magters Tilsyn og Garanti”[7] vakte det motbør blant historikere som Gustav Storm og Aleksander Bugge. De la vekt på historiske forhold og knyttet forbindelseslinjene tilbake til håløyghøvdingen Ottars reiser nordover til Kvitsjøen og til norske og islandske sjøreiser i nordområdene, hvor det ifølge islandske årbøker ble oppdaget nytt land i 1194, Svalbardi. Svalbard var norsk – kort og godt. 

I Norge spilte forskere derfor en mer indirekte, men ikke desto mindre viktig rolle for den økte norske interessen for Spitsbergen fra 1890-årene av.  De refererte historikerne var nemlig med på å forsterke bildet og bevisstheten om Norge som polarnasjon. Det var et viktig ideologisk og kulturelt bakteppe for den nasjonale og økonomiske interessepolitikken som kom til å dominere Spitsbergenspørsmålet i årene som fulgte. Men den økte interessen førte heller ikke nå til noen endring i Spitsbergens folkerettslige status.

 

Nordmenn hadde i flere tiår vært involvert i mye av næringsvirksomheten på øygruppa, fra fangst til turistvirksomhet. Men den norske vitenskapelige innsatsen hadde vært beskjeden, særlig sammenlignet med den svenske.  Men så – nokså brått – ble norske forskere og kartleggere i de nærmeste årene etter 1905, da unionen med Sverige opphørte og Norge fikk et eget utenriksstyre, interessert i en vitenskapelig kartlegging av Spitsbergen.[8]

 

Det skjedde bl.a. gjennom nesten årlige ekspedisjoner helt fram til mellomkrigstiden, fra 1909 gjennom De norske statsunderstøttede Spitsbergenekspedisjonen. Før 1911 var rittmester og topograf Gunnar Isachsen leder og drivkrafta bak den norske utforskninga av Spitsbergen. Fra 1911 overtok geologen Adolf Hoel  rollen som den store forskningsentreprenøren når det gjaldt Svalbard. Men det var ikke bare som forskningsentreprenører at polarforskere, herunder Svalbardforskerne, gjorde seg gjeldende. De ble i perioden etter 1906 og fram til 1925 i økende grad politiske aktører, dels aktivister i spillet om Svalbard.  

 

Den første spitsbergenforskeren som offentlig argumenterte for en norsk overtakelse var Arve Staxrud  som var topograf på Isachsens første Spitsbergenekspedisjon. Det gjorde han  i en lengre artikkel i Aftenposten i 1906.  Ekspedisjonsleder Isachsen støttet offentlig opp om de historikerne som mente at det måtte være nordmenn/islendinger som hadde vært de første på øygruppa.[9]

 

I januar 1907 ble en norsk overtakelse av øygruppa drøftet på et møte i UD hvor næringslivsfolk og politikere, og tre markerte forskere og utforskere, geologen W.C. Brøgger, rittmester Gunnar Isachsen og Fridtjof Nansen var innkalt. Den økte virksomheten på Svalbard gjennom kulldrift og forskning hadde ført til at behovet for en ordensmakt hadde blitt akutt. Det var da også det som var den viktigste grunnen til at møtet kom i stand. 

I møtet holdt imidlertid Isachsen en lav profil. Nansen var svært skeptisk til en okkupasjon og Brøgger hadde forfall. Polarforskerne trakk på det tidspunktet heller ikke forskningsargumenter inn i debatten, slik Nordensköld hadde gjort på 1870-tallet. Konklusjonen på av møtet ble at Norge skulle forsøke å få til en internasjonal ordning for å sikre ro og orden på øygruppa, regulere eiendomsforhold og jakt på vilt. Ingen av deltakerne gikk inn for en norsk okkupasjon. 

 

I 1908 henvendte  Det norske Utenriksdepartementet seg til de interesserte stater og ba om forhandlinger med tanke på å få til en internasjonal overenskomst for Spitsbergen. I påvente av reaksjonene på det norske initiativet gjaldt det å styrke den norske aktivitet på øygruppen, ikke minst vitenskapelig kartlegging.  En ville da stå sterkere i eventuelle forhandlinger. 

I 1909 og 1910 ble det da også utrustet omfattende forskningsekspedisjoner med solid statsstøtte, men også ved hjelp av private sponsorer. Som i 1906-07 ble ekspedisjonene ledet av Gunnar Isachsen. Selv om det ikke sies eksplisitt, er det liten tvil om at det politiske spillet som Norge i 1907 hadde satt i gang gjennom sin henvendelse til de interesserte stater om å få til en internasjonal overenskomst for Spitsbergen, var den viktigste årsaken til at den toårig forskningsekspedisjonen ble utrustet på kort tid med solid statsstøtte og private sponsorer i ryggen: ”Da spørsmaalet om ordningen av eiendoms- og andre forhold av nærliggende grunde for tiden er aktuelt, er tiden inde til netop nu at ta fat.”[10]

 

Det norske krafttaket m.h.t. Svalbardforskning var et forsøk på å ta igjen det forspranget Sverige hadde skaffet seg gjennom den solide forskningsinnsats i tiårene før 1905.  Det var av politiske grunner viktig å utligne denne ubalansen mellom de to land. Ikke minst var Isachsen imponert over de svenske planene i forbindelse med verdenskongressen i geologi i 1910 i Stocholm. Her skulle forskningsmateriale fra Spitsbergen presenteres på bred basis. Blant de noen og tjue ekskursjonene arrangørene fristet de 800 deltakerne med, gikk den mest spektakulære via Narvik til Spitsbergen. De som tok sjansen på den tre uker lange utflukten, var overbegeistret.[11]

 

Selv om det ikke ble sagt direkte, ligger der er et nokså klart premiss under Isachsens understrekning av den svenske forskningen. Ei opptrapping av norsk forskning ville på sikt svekke den svenske retorikken om at landet hadde ei særstilling på øygruppa takket være de svenske polarforskernes mangeårige innsats. Samtidig var Isachsens sterke påpekning av ubalansen mellom norsk og svensk vitenskapelig aktivitet en indirekte innrømmelse av at de norske forskningsekspedisjonene også hadde politiske mål. Det hadde svenske vitenskapsmenn hevdet i flere sammenhenger, bl.a. polarforskeren Axel Hamberg. At svenske vitenskapsmenn var fanget i det samme garn når de la så stor vekt på svensk forskning i interessespillet om Spitsbergen, hadde Hamberg tilsynelatende ikke tenkt på.[12] Nå viste det seg da forhandlingene om Spitsbergen kom i gang, at også Sverige brukte sin vitenskapelige innsats for å styrke sin posisjon. 

 

Også økonomiske forhold tilsa ei kraftig opprustning av forskningsinnsatsen, mente Isachsen. Både når det gjaldt kvalfangst, fiske, fangstnæring, turisme og kulldrift var norske interesser involvert. Men skulle nordmenn fortsatt kunne høste av naturressursene i dette herreløse landet, var det nødvendig ”å delta i dets utforskning.”[13]  Formålet med ekspedisjonen var da også ei hydrografisk, topografisk og geologisk kartlegging. Utarbeidelsen av skikkelige sjøkart, topografiske og geologiske kart ville muliggjøre en mer effektiv utnyttelse av naturressursene. Det var da også disse momentene som ble tillagt mest vekt i departementet og i budsjettkomiteen. Den pågående diskusjonen om Spitsbergens politiske status ble bare nevnt i forbifarten av statsminister Gunnar Knudsen under debatten i Stortinget, hvor søknadsbeløpet på kr 25.000 ble innvilga enstemmig. I tillegg ble et marinefartøy, ”Farm”, stilt til disposisjon for ekspedisjonen både i 1909 og 1910.[14]

 

Det var ikke vanskelig å få Det norske stortinget til å bevilge pengene. Helt fram til Spitsbergen formelt ble underlagt norsk suverenitet i 1925 fikk forskningsekspedisjonene til Spitsbergen sine bevilgninger stort sett uten store diskusjoner. Det kan ikke ha vært uten grunn, noe svenskene også noterte seg.[15] Adolf Hoel som overtok lederrollen etter Gunnar Isachsen hadde da heller ikke vesentlige problemer med å skaffe statsstøtte. Og han var helt eksplisitt i koblinga mellom vitenskap og Svalbardpolitikk “ våre ekspedisjoner inngår som del av et saadant arbeid for Spitsbergens fornorskning”. [16] At de norske vitenskapelige og økonomiske framstøt på Spitsbergen hang sammen med interessekampen om Spitsbergen er derfor lite egnet til forbauselse. Men det er ikke alltid lett å skille årsakene fra virkningene. Ble den norske politikken i spørsmålet om Spitsbergen drevet fram av den voksende norske økonomiske og vitenskapelige innsatsen, eller var den økte aktiviteten på øygruppa et resultat av en mer aktiv og pågående norsk polarpolitikk? Det er heller ikke lett å finne faktorenes rekkefølge når det gjelder forholdet mellom økonomi og vitenskap.

 

Leter vi i departementsarkivene ser vi hvor infiltrert disse faktorene var. Mens Utenriksdepartementet i 1909 helhjertet sluttet opp om Isachsens ekspedisjon for å styrke Norges stilling på øygruppa, var departementet langt mer forbeholden høsten 1910 til en tilsvarende ekspedisjon av hensyn til de internasjonale konsultasjonene som var igang som følge av den første Spitsbergen-konferansen i Oslo sommeren 1910. Norsk forskning på øygruppa avhang altså av den internasjonale prosessen om Spitsbergen.[17] Et annet eksempel på faktorenes uorden gjelder spørsmålet om ekspedisjonene kunne foreta landanneksjoner på egne eller andres vegne. Hoel og Holmsen hadde nokså bramfritt drevet både som vitenskapsmenn og økonomiske entreprenører i 1908. I 1909 var Holmsen igjen på Svalbard på oppdrag fra selskapet A/S Kulspids. Adolf Hoel som var engasjert som geolog på Isachsens ekspedisjoner i 1909 og 1910, reiste i 1909 opp en måned før de øvrige for å bistå Det norske Kulkompani Ltd. Green Harbour, et selskap hvor han selv hadde eierinteresser, med å få igangsatt kulldrift. Verken Hoel eller Holmsen så noe galt i det. Tvert imot hevdet Hoel at han ble tilrådd av sin kollega og nestor innenfor geologifaget, professor Amund Helland, å forsøke å utnytte sin kullfunn på Spitsbergen økonomisk. Helland tipset ham også om hvor han skulle gå for å reise kapital.[18]

 

Utenriksdepartementet var våren 1910 oppsatt på at feltene i Bellsund ble sikret for norske undersåtter. I departementet sirkulerte det planer om å yte tilskudd gjennom ”de hemmelige utgifter” for å støtte norske anneksjoner av kullfelt, bl.a. for å forhindre store svenske okkupasjoner.[19] Det er uklart hvordan utenriksminister Johannes Irgens stilte seg til dette. 

Samtidig var UD nøye med å understreke at staten selv ikke kunne gå til okkupasjoner og at det også gjaldt de statstøttende forskningsekspedisjonene. Dette var Isachsen uenig i. I alle fall leverte han 6. juni en anneksjon som gjaldt hele nordvest Spitsbergen:  alt land vest for ei linje trukket fra innerst i Van Mijenfjorden i sør til Verlegenhuken på Mosselhalvøya i nord, men med unntak for de okkupasjoner som allerede var gjort av andre innenfor det samme området. 

 

Utenriksministeren fant grunn til å framholde for Isachsen at han så det som utelukket at hans okkupasjon kunne bli respektert, bl.a. på grunn av den ”uhyre utstrækning”.  Isachsen ble også gjort oppmerksom på at hans stilling som norsk embetsmann og som leder av en statsunderstøttet ekspedisjon gjorde hans okkupasjonsforetak til en ”høist  tvilsom affære.”[20]

Under møtene i departementet forut for Isachsens anneksjon hadde han også antydet ytterligere okkupasjoner på Spitsbergen sommeren 1910. Etter å ha tenkt seg om skrev han brev fra Green Harbour i juli 1910 til utenriksminister Irgens og lovet at han ikke ville forta ytterligere okkupasjoner.[21] Senere hevdet Isachsen at han hadde levert denne anmeldelsen for at Norge kunne vise til dette i tilfelle utenlandske aktører senere skulle fremme lignende anneksjonskrav.[22] UDs holdning kan forklares med at en for alt i verden ikke ønsket å provosere noen av deltakerne på Spitsbergen-konferansen som skulle finne sted i Kristiania få uker etter at ”Farm” med Isachsens ekspedisjon om bord, hadde satt kursen mot Spitsbergen.[23]

Denne engstelsen for å provosere fikk da også statsministeren til å rykke ut mot synspunktene til historikeren Macody Lund. Han hadde publisert en artikkel midt under Spitsbergen-konferansen der han hevdet at Spitsbergen var gammelt norsk land og at myndighetene ikke burde gi seg inn på noen forhandlinger om dette. Han gjentok synspunkter som historikere og andre tidligere hadde fremmet, uten at det hadde ført til særlig oppstuss. Men tidspunktet og det faktum at Lunds artikkel kom på trykk i en avis som stod regjeringen nært, skapte sterke reaksjoner. Fridtjof Nansen forsøkte på utenriksledelsens vegne å få fram at Lunds synspunkter ikke var representative for norske myndigheter, men gjorde ikke saken noe bedre ved selv å si seg enig i at øygruppa faktisk var gammelt norsk land.[24]

 

Ekspedisjonen i 1910 ble Isachsens avskjed som Spitsbergen-forsker selv om han skulle komme sterkt tilbake som norsk sakkyndig under fredsforhandlingene i Paris. Hans ekspedisjoner til landet med de kalde kyster endte i en stor forskningsmessig triumf, men for Isachsen selv ble det en heller trist sorti. 

 

Mannen som skulle overta Isachsens rolle for den norske utforskningen på Svalbard var Adolf Hoel. Han var født den 15. mai 1879 i Sørum kommune i Akershus som den første av en søskenflokk på seks. Faren, Martin Hoel, var jernbanemann og familien flyttet mellom ulike stasjonsbyer i Østfold mens Martin steg i gradene. En gang på 1890-tallet kom de til Kristiania, der eldstesønnen i 1897 avla examen artium som privatist ved katedralskolen. Adolf Hoel var klar til å ta fatt på sin akademiske karrière. Det ble en akademisk løpebane som endte med at han under krigen ble rektor ved landets eneste universitet, en karrière som for de fleste andre og under normale omstendigheter ville ha vært en suksess. For Adolf Hoel ble det en tragedie som endte med en landssvikdom etter krigen 1940-45. [25]

I årene 1910 til 1914 ble det så avholdt tre internasjonale konferanser om Svalbard hvor formålet var å komme fram til en internasjonal administrasjon og rettsordning for området. En greide heller ikke nå å komme til enighet.  

Verdenskrigen 1914-18 bidro imidlertid til at Svalbard-spørsmålet kom i et nytt lys. Aktiviteten på Svalbard hadde endret seg under krigen. Norge hadde allerede fra 1910 overtatt Sveriges ledende rolle når det gjaldt den vitenskapelige aktiviteten og norske selskaper overtok under verdenskrigen det meste av kullproduksjonen, i tillegg var norske jakt- og fangstmenn totalt dominerende.

 

Fredsoppgjøret etter verdenskrigen medførte en rekke territorielle endringer, også i Nord-Europa. Det åpnet også for å løse Spitsbergen-spørsmålet en gang for alle. Norge endret posisjon i løpet av noen måneder etter at våpnene hadde stilnet på Vestfronten, fra å arbeide for en eller annen form for fellesstyre, til å kreve suverenitet over øygruppen, m.a.o. full kontroll.[26]  

 

Gunnar Isachsen ble utpekt som rådgiver under sluttforhandlingene våren 1919. På vegne av den norske regjering ble han bedt om å reise til Paris. Han skulle bistå den norske legasjonen ”vedrørende Spitsbergens økonomiske forhold, derværende okkupasjoner og videnskapelige expeditioner”.  Sammen med bl.a. folkerettseksperten Arnold Ræstad (1878-1945) gikk han straks i gang med sitt oppdrag:  å bistå norske forhandlere   under ledelse av  ambassadør Wedel Jarlsberg  i arbeidet med å sikre Spitsbergen for Norge. Ræstad var en av de mange folkerettsjurister som i mellomkrigstida leverte argumenter for norsk polarpolitikk. Ræstads folkerettsstudier var nært knytta til norsk interessepolitikk i Arktis. 

 

Ræstad var del av et lite, men meget kompetent gruppe norske folkerettsjurister som spilte en viktig rolle i perioden mellom 1905 og 1940 og som ble trukket inn som sakkyndige i de to av store utenrikspolitiske sakene i tiårene før 2. verdenskrig; Svalbardsaken og Grønlandssaken. Foruten Ræstad bestod denne kretsen av folk som: professorene Frede Castberg, Nikolaus Matias Gjelsvik, Jon Skeie og høyesterettsdommer Helge Klæstad.

Helge Klæstad (1885-1965), cand.jur. fra 1908, hadde som Arnold Ræstad også erfaring fra departementskontorene. Han var i flere år i Justisdepartementet før han ble ansatt i UD i 1921. Klæstad var havrettsekspert og UDs fremste ekspert under sjøgrenseforhandlingene med England i 1924/25, men kom kraftig på kant med stats- og utenriksminister Mowinckel som ifølge Klæstad var altfor ettergivende. Fra 1929 var han norsk medlem av voldgiftsdomstolen i Haag før han i 1931 ble ekstraordinær dommer i Høyesterett. Fast høyesterettsdommer ble han i 1935. [27]

 

De tre professorene fra juridisk fakultet representerte en bred kompetanse, ikke minst innenfor folkeretten, hvor de utgjorde landets ypperste eksperter på den tid. Den yngste av dem, Frede Castberg (1893-1977) ble i 1925 folkerettslig konsulent i UD og utnevnt til professor i 1928. Han var en sentral skikkelse i norsk rettsvitenskap gjennom store deler av 1900-tallet. Jon Skeie (1871-1951) og Nikolaus M. Gjelsvik (1866-1938) var begge nestorer i faget på denne tid. De var bondesønner og oppvokst under sterkt inntrykk av den politiske polarisering i de siste tiårene av 1800-tallet som resulterte i parlamentarisme, politiske partier og unionsbruddet i 1905. Både Skeie og Gjelsvik soknet til Venstre, de var målmenn og nasjonalt radikale i unionssaken. Frede Castberg var sønn av venstremannen, stortingsmann og statsråd Johan Castberg. Også han var oppvokst under sterk påvirkning av den radikale nasjonalismen i årene rundt unionsoppløsningen: ”Politikken var luften vi åndet inn,” sier han i sine erindringer, ”det nasjonale, unionsfiendtlige syn var det selvfølgelig riktige, - gyldig som en religiøs tro.”[28]

 

Arnold Ræstad tok juridisk embetseksamen i 1900 etter bare tre års studium. Etter studiene arbeidet han som dommerfullmektig og advokatfullmektig, og studerte i utlandet. I 1906 ble han sekretær i det nye utenriksdepartementet hvor han arbeidet til 1910. I 1912 disputerte han på en historisk avhandling om det norske sjøterritoriet “ Kongens Strømme”. Avhandlingen resulterte i Nansenprisen og en utmerkelse fra Institut de France. I 1912 publiserte han også en avhandling om "Norges høyhetsrett over Svalbard". Ræstad baserte seg på priærkilder i sitt arbeid og fikk ry for å være en grundig, skarpsindig og en fantasifull og iderik jurist. Det er som folkerettsjurist han kom til å bli mest anerkjent, men han beskjeftiget også seg med en lang rekke andre saksfelter. Han skrev om Grønland og Svalbard, sjøgrenser, og kvalfangst, men også om borgerkrigens og asylrettens juridiske og politiske sider, handelspolitikk, nøytralitet og den kollektive sikkerhet, om mellomfolkelig anerkjennelse og de statsløses rettsstilling. Fra 1913 til 1918 var han universitetsstipendiat i folkerett og handelspolitikk. I en kort periode på begynnelsen av 1920-tallet var han utenriksminister i Blehrs regjering. 

Trekløveret Wedel-Jarlsberg, Isachsen og Ræstad trakk også inn vitenskapsmenn som Hoel og geologen/geografen Werner Werenskiold (1883-1961) i arbeidet med å dokumentere norsk næringsaktivitet og vitenskap på Spitsbergen. Resultatet av forhandlingene i Paris ble som kjent Svalbardtraktaten ble undertegnet i Paris i februar 1920. Den ga Norge suvereniteten over øygruppa, riktignok med visse begrensninger når det gjaldt økonomisk virksomhet, skatteforhold og militær aktivitet. Men det gikk hele fem år før Norge formelt kunne overta Spitsbergen. Traktaten måtte først godkjennes av Stortinget og det måtte utarbeides en bergverksordning. Dessuten måtte en innhente Tysklands og Russlands aksept. [29]

 

Norges nasjonale politiske ambisjoner i nord syntes å ha vokst i takt med den  økonomiske og vitenskapelig aktivitet. Hvilken rolle spilte så vitenskapen i Svalbard-saka?

Det er ingen grunn til å hevde at naturvitenskapene skilte seg fra historie-,  kulturfagene og rettsvitenskapen når det gjaldt fornorskning av Arktis slik noen forskere har gjort. [30] I forbindelse med Svalbardtraktaten trykket tidsskriftet Naturenen rekke artikler om den vitenskapelige kartlegginga av Spitsbergen og Arktis, en bred dokumentasjon av norsk arktisk forsking innafor felt som klima, geologi, biolog, topografi/geografi, forskningshistorie og historie. Det første heftet inneholdt bl.a. en artikkel om oppdagelsen av Spitsbergen forfattet av ingen ringere enn Fridtjof Nansen. Han konklusjon var : ” Det er sandsynlig at Spitsbergen først er blit funnet av Nordmenn, ....”.[31]

 

Flere av artiklene om tilsynelatende nøytrale naturvitenskapelige temaer synes også å være skrevet ut fra den grunnholdningen at  Spitsbergen var norsk. Geologen  Olaf Holtedahl hevdet i sin artikkel i Naturen at rett nok var mange yngre geologiske formasjoner på Svalbard vesensforskjellige fra Norge og Nord-Europa,  men i hovedsak var de geologiske forhold  sterk knyttet  til vårt eget land”. [32] Også i geologisk forstand var altså Spitsbergens fjell norske. 

 

Eller de ble gjort norske.  Den første landstigningen Adolf Hoel gjorde i Kongsfjorden på Spitsbergen sommeren 1907 ble en påminnelse om at dette ikke var norsk territorium. Fuglehuken (Vogelhook), som utgjør nordspissen  av Prins Karls Forland, var navnsatt av nederlenderen Barentsz så tidlig som i 1596, og engelskmannen Scoresby hadde i 1818 satt navn på Kapp Mitra. I dette området av Svalbard var det knapt et stedsnavn som indikerte norsk aktivitet, men da den fransk/norske ekspedisjonen som Hoel deltok på, var ferdig med sitt kartleggingsarbeid, som hadde pågått i to korte sommermåneder i 1906 og 1907, hadde området mellom Forlandssundet i sør, Magdalenafjorden i nord og Liefdefjorden i nordøst fått 86 nye stedsnavn. Kjente vitenskapsmenn, ekspedisjonsmedlemmer og familiemedlemmer hadde fått steder oppkalt etter seg, av disse 86 personene var 49 norske. Adolf  Hoel fikk sitt navn festet både til ei halvøy og et fjell, mens lederen for den norske delen av ekspedisjonen, Gunnar Isachsen, raust brukte sin egen familie for å navnsette området. Fornorskninga av Spitsbergen hadde for alvor tatt til takket være norske topografer, landmålere og geologer.

 

 I spillet om Svalbard brukte altså norske myndigheter bevisst forskningsresultater og forskningsaktivitet som argumenter for at Spitsbergen var norsk. Men også Spitsbergen-forskerne arbeidet planmessig for en norsk erobring, først økonomisk og kulturelt, og i siste runde politisk.[33] De opererte både selvstendig og på oppdrag av myndighetene, i likhet med sine kolleger i andre land. Den vitenskapelige aktiviteten var viktig del av konsolideringen av nasjonalstaten og i forsøkene på å legge nytt land inn under seg. 

 

 

Litteratur:

 

Norsk Biografisk Leksikon. Oslo, 1999-2003.

Amundsen, Leiv, Det juridiske fakultet. Lærere og forskning. Universitetet i Oslo 1911–1961. Oslo1961.

Anker, Peder, "Norsk Polarhistorie " Isis 96, no. 4 (2005): 662.

Berg, Roald,  Norge På egen hånd. 1905–1920, Bd 2 Norsk utenrikspolitikks historie. Oslo1995.

Bjørgo, Narve, Øystein Rian, Alf Kaartvedt, Selvstendighet og union. Fra middelalderen til 1905, Bd. 1 Norsk utenrikspolitikks historie. Oslo1995.

"Dagbladet."

Drivenes, Einar-Arne, "Norsk polarforskning på 1900-tallet." Tromsø, 1989.

Drivenes, Einar-Arne, Harald Dag Jølle, red. Norsk polarhistorie. 3 bind . Oslo Gyldendal, 2004.

Fure, Odd-Bjørn, Mellomkrigstid. 1920–1940. Vol. 3 Norsk Utenrikspolitikks Historie. Oslo1996.

Hoel, Adolf 1966,  Svalbards Historie 1596–1965. Oslo 1966.

Holtedahl, Olaf, "Spitsbergens og Bjørnøens geologi.” Naturen. Illustrert maanedskrift for populær naturvidenskap  (1920).

Isachsen, Gunnar, "Om Opdagelsen Af Svalbard." Det Norske Geografiske Selskabs Aarbog  (1906/07).

Mathisen, Trygve, Svalbard i internasjonal politikk 1871–1925. Oslo1951.

Nansen, Fridtjof, "Spitsbergens Opdagelse." Naturen. Illustrert maanedskrift for populær naturvidenskap  (1920).

"Norsk Biografisk Leksikon Bd. Vii. Oslo Mcmxxxvi."

Reusch, Hans, "Et par ord om geologkongressen i Stockholm. Turen Til Spitsbergen." 7/9 1910.

Ruud, Morten, "Svalbardtraktaten i Norsk og internasjonal Svalbardpolitikk." Speculum Boreale. Skriftserie frå Institutt for historie, Universitetet i Tromsø. 5 (2004).

Ræstad, Arnold, Grønland og Spitsbergen. Kristiania1923.

"St.Prp. 1 1909. Hovedpost V. Bilag Nr. 6 : Plan for Den Norske Spitsbergenekspedition 1909 Og 1910." 1909.

Storm, Gustav, "Ginnungagap i mythologien og i geografien." Arkiv för nordisk filologi  (1889).

"Stortingsforhandlingene 1909. Innst. S. Nr. 34." 1909.

" Ud. Boks 5175. P 7d/09. Rittmester Isachsen Spitsbergenekspedisjon 1909-10. Notat 18/10 Og 25/10."

"Ud. Boks 5227. P7-C 03/10. Rittmester Isachsen: Spm. Om Okkupasjon Av Kulfelter På Spitsbergen. Brev Fra Isachsen Til Utenriksminister Irgens 1/7 1910."

"Ud. Boks 5227. P7-C 03/10. Rittmester Isachsen: Spm. Om Okkupasjon Av Kulfelter På Spitsbergen. Internt Notat 24/2 1919 Og Brev Fra Isachsen 12/1 1926.  Ra."

"Ud. Boks 5227. P7-C 03/10. Rittmester Isachsen: Spm. Om Okkupasjon Av Kulfelter På Spitsbergen. Pm Datert 27/5 Og 30/5 1910.  Ra."

Østreng, Willy, Økonomi og politisk suverenitet. Interessespillet om Svalbards politiske statusOslo1974.

 

 

Summary:

The research and commercial activity in the Scandinavian portion of the Arctic increased appreciably in the last decades of the 19th century and up until the 1920s. Not unexpectedly, the idea arose during this period to bring the largest group of the as yet unclaimed Arctic islands, Spitsbergen, under Norwegian or Swedish control.

 

Norwegian political ambitions in the far north seem to have expanded proportionally with economic and scientific activity. What role did science play in this process? In the contest to win Svalbard, Norwegian authorities deliberately used research results and research activity as justification that Spitsbergen was Norwegian. Also, Spitsbergen researchers worked systematically towards a Norwegian conquest of the archipelago, economic and cultural at first, but ultimately political.

 

Nøkkelord: Spitsbergen, Svalbardsaken, polarpolitikk, polarforskning, interessepolitikk, vitenskap og politikk. 

 

Einar-Arne Drivenes, professor emeritus ved Institutt for historie og religionsvitenskap.

Forskningsfelt: Vitenskapshistorie knytta til utforskninga av Arktis og Antarktis i det 19. og 20. århundre, sosialhistorie og økonomisk historie på 1800- og 1900-tallet, politisk historie knytta til arbeiderbevegelse og regional reisning i Nord-Norge og minoritets- og etnohistorie særlig knytta til læstadianismen.

Større publikasjoner (forfatter og redaktør): Fiskarbonde og gruveslusk 1985, Nordnorsk kulturhistorie (2 bd.) 1994 , Norsk polarhistorie (3 bd.)2004, Into the Ice 2006.



[1] Trygve  Mathisen, Svalbard i internasjonal politikk 1871–1925 (Oslo1951), 45; Roald  Berg, Norge på egen hånd. 1905–1920, Bd 2 Norsk utenrikspolitikks historie (Oslo1995); Einar-Arne Drivenes, Harald Dag Jølle, red., Norsk polarhistorie, 3 vols. (Oslo Gyldendal,2004).

[2] Drivenes, Jølle, red., Norsk polarhistorie; Berg, Norge på egen hånd. 1905–1920, Bd 2 Norsk utenrikspolitikks historie, 150 ff.

[3] Mathisen, Svalbard i internasjonal politikk 1871–1925, 24.

[4] Ibid., 24.

[5] Ibid., 45.

[6] Ibid. 24, 26, 151 ff; Narve Bjørgo, Øystein Rian, Alf Kaartvedt Selvstendighet og union. Fra Middelalderen til 1905, Bd. 1 Norsk utenrikspolitikks historie (Oslo1995), 319 ff; Berg, Norge på egen hånd. 1905–1920, Bd 2 Norsk utenrikspolitikks historie, 150 ff; Willy  Østreng, Økonomi og politisk suverenitet. Interessespillet om Svalbards Politiske Status (Oslo1974). 17; "Dagbladet." 8.august 1899; ibid., 4. august 1899; ibid. 8., 16., 20. og 21 august 1899. Forfatteren kan ha vært histrikeren Alexander Bugge; Gustav  Storm, "Ginnungagap I mythologien og i geografien," Arkiv för nordisk  filologi (1889).

[7] "Dagbladet," 4. august 1896.

[8] Drivenes, Jølle, red., Norsk polarhistorie, bind 2, s 177.

[9] Gunnar  Isachsen, "Om opdagelsen af Svalbard," Det Norske Geografiske Selskabs Aarbog (1906/07).

[10] "St.Prp. 1 1909. Hovedpost V. Bilag Nr. 6 : Plan for Den norske Spitsbergenekspedition 1909 Og 1910. ,"  (1909).

[11] Hans  Reusch, "Et par ord om Geologkongressen i Stockholm. Turen til Spitsbergen," 7/9 1910.

[12] Drivenes, Jølle,  red., Norsk polarhistorie, bind 2, 241.

[13] "St.Prp. 1 1909. Hovedpost V. Bilag Nr. 6 : Plan for Den norske Spitsbergenekspedition 1909 Og 1910. ."

[14] "Stortingsforhandlingene 1909. Innst. S. Nr. 34,"  (1909), s 54 ff; Einar-Arne Drivenes, "Norsk polarforskning på 1900-tallet," (Tromsø1989).

[15] Berg, Norge På Egen Hånd. 1905–1920, Bd 2 Norsk utenrikspolitikks historie. 161

[16] Drivenes, Jølle, red., Norsk polarhistorie. bd 2, 197

[17] " Ud. Boks 5175. P 7d/09. Rittmester Isachsen Spitsbergenekspedisjon 1909-10. Notat 18/10 Og 25/10."

[18] Adolf 1966 Hoel, Svalbards historie 1596–1965 (Oslo1966), 738.

[19] "Ud. Boks 5227. P7-C 03/10. Rittmester Isachsen: Spm.  Spm. om okkupasjon av kulfelter på Spitsbergen. Pm Datert 27/5 Og 30/5 1910.  Ra.."

[20] Ibid.

[21] "Ud. Boks 5227. P7-C 03/10. Rittmester Isachsen: Spm. om okkupasjon av kulfelter på Spitsbergen. Brev fra Isachsen til utenriksminister Irgens 1/7 1910."

[22] "Ud. Boks 5227. P7-C 03/10. Rittmester Isachsen: Spm. Om okkupasjon av kulfelter på Spitsbergen. Internt Notat 24/2 1919 og brev fra Isachsen 12/1 1926.  Ra."

[23] Mathisen, Svalbard i internasjonal politikk 1871–1925, 114 ff.

[24] Berg, Norge på egen hånd. 1905–1920, Bd 2 Norsk utenrikspolitikks historie, 170.

[25] Drivenes, Jølle, red., Norsk polarhistorie, bind 2, 188.

[26] Berg, Norge på egen hånd. 1905–1920, Bd 2 Norsk utenrikspolitikks historie; ibid; Arnold  Ræstad, Grønland og Spitsbergen (Kristiania1923); Leiv Amundsen, Det juridiske fakultet. Lærere og forskning. Universitetet i Oslo 1911–1961 (Oslo1961); Morten  Ruud, "Svalbardtraktaten i  norsk og internasjonal Svalbardpolitikk," Speculum Boreale. Skriftserie frå Institutt for historie, Universitetet i Tromsø. 5(2004).

[27] Odd-Bjørn  Fure, Mellomkrigstid. 1920–1940, vol. 3 Norsk utenrikspolitikks historie (Oslo1996), 84; "Norsk biografisk leksikon Bd. Vii. Oslo Mcmxxxvi.."

[28] Norsk biografisk leksikon (Oslo: 1999-2003), bind 2.

[29] Berg, Norge på egen hånd. 1905–1920, Bd 2 Norsk utenrikspolitikks historie. 287

[30] Østreng, Økonomi og politisk  suverenitet. Interessespillet om Svalbards politiske Status. 97 f.

[31] Fridtjof  Nansen, "Spitsbergens opdagelse," Naturen. Illustrert maanedskrift for populær naturvidenskap (1920).

[32] Olaf  Holtedahl, "Spitsbergens og Bjørnøens geologi," Naturen. Illustrert maanedskrift for populær naturvidenskap (1920).

[33] Berg, Norge på egen hånd. 1905–1920, Bd 2 Norsk utenrikspolitikks historie. 299; Østreng, Økonomi og politisk suverenitet. Interessespillet om Svalbards politiske status. 97 f.

søndag 27. februar 2022

Ny nordområdepolitikk – på nytt ?


Einar-Arne Drivenes

Professor emeritus i historie 

 



Det er verken nytt eller oppsiktsvekkende at innenrikspolitikk og utenrikspolitikk henger nøye sammen. Et lands utenrikspolitikk kan heller ikke formes uten hensyn til den offentlige opinion og involvering av “folk flest”.

 

Statsminister Jonas Gahr Støre stod torsdag igjen i auditorium 1 ved UiT - Norges arktiske universitet, for å snakke om regjeringens politikk for nordområdene

Samme talerstol har vært brukt flere ganger av ulike regjeringer, for å markere Norges ambisjoner som polarnasjon. Støre innledet selv denne tradisjonen da han som utenriksminister i 2005 lanserte en ny nordområdepolitikk foran et stappfullt auditorium. Og på samme talestol stod han i april 2010, bare 2 dager etter at det var kjent at det var oppnådd enighet mellom Russland og Norge om delelinja i Barentshavet. Begge talene vakte stor begeistring og skapte forventninger. Få, om noen av dagens politikere, behersker denne talerstolen som han – i så måte er han en sjelden fugl i norsk politikk. Det er ikke mange her til lands som får sine taler analysert i masteroppgaver. https://munin.uit.no/bitstream/handle/10037/4182/thesis.pdf?sequence=1&isAllowed=y

Selv om talen, ikke overraskende, var velkomponert, velformulert og vel avlevert, var stemninga mer avventende på torsdag enn ved de to tidligere anledningene.

Men noe har da skjedd siden 2005.  Delelinjeavtalen med Russland er allerede nevnt. Et annet eksempel, både symbolsk og i pengebruk, er at Norge for første gang siden polarforskningens glansdager først på 1900-tallet, har tatt seg råd til et spesialbygd isgående forskningsfartøy, kronprins Haakon. Støre har stått sentralt ved begge anledninger. Riktig nok har båten de siste måneder blitt brukt som isbryter i Antarktis, ikke til forskning i nordområdene, men det er en annen historie ,som ikke kan lastes Støre.

Det er en rungende politisk enighet om at landet skal ha en aktiv nordområde- og polarpolitikk, men den politiske harmoni er ikke fullt så total når det gjelder hva denne aktiviteten skal være, og hvilke aktører som skal involveres. Det forrige forsøket, hvor en ville snu Norge på hodet gjennom en ny nordområdepolitikk, lansert av Støre, skapte store forventninger hos folk bosatt i nord. Kritikerne pekte på svak politisk forankring og at folk og institusjoner i regionen ikke var involvert i tilstrekkelig grad. Unntaket var de store forskningsinstitusjonene i landsdelen.

Dette har blitt en øm tå og et dilemma for politikerne. Dilemmaet er knytta til at polar- og nordområdepolitikk så til de grader er et konglomerat av utenrikspolitikk, sikkerhetspolitikk og innenrikspolitikk. Vi kjenner det igjen fra diskusjonen om Barentsregionen på 1990-tallet. Flere i UD-korridorene var i utgangspunktet lite komfortable med at fylkespolitikere i nord skulle drive utenrikspolitikk ved for eksempel å ha ansvar folk til folk samarbeid med Russland. 

I torsdagens tale var blandingsforholdet mellom innenrikspolitikk og utenrikspolitikk en helt annen enn ved de to tidligere anledningene, sikkert som et resultat av erfaringene etter det forrige forsøket på en nordområdestrategi. Nå snakket Støre mye og godt om ny industri knytta til det grønne skiftet (batterifabrikker, hydrogen og vindmøller), befolkningsutvikling, statens rolle for å skape nye arbeidsplasser og ny industri, helsepolitikk med tjenester nært folk og transport og kommunikasjoner i nord. Men en ting ligger fast, kunnskap og forskning må ligge i bunn. Statsminister Støre brukte mindre tid på sikkerhets- og forsvarspolitikk, enn utenriksminister Støre ved tidligere anledninger. Her gjaldt det å sikre seg gjennom Nato, men å holde åpne kanaler med Russland, altså tradisjonell norsk politikk: avskrekking og beroligelse. Så langt Støre.

Dagens utenrikspolitiske klima gjør det langt vanskeligere å drive folk til folk samarbeidet innenfor Barentsregionen. Historikerne Hallvard Tjelmeland og Kari Myklebost (UiT) skriver i Nordlys at også den innenrikspolitiske utviklinga i Russland «gir grunn til å stille spørsmål om Barentssamarbeidets legitimitet». https://www.nordnorskdebatt.no/russland-ukraina-og-nordomradene/o/5-124-163186

Trøsten må være at selv under den kalde krigen bidro sivile aktører som fiskeri- og polarforskere gjennom forskningskontakter og vitenskapelig samarbeid å holde kanalene åpne til vår store nabo i øst. Det bidro trolig til å gjøre den utenrikspolitiske spenningen lavere og jernteppet mer porøst. Vi kan kanskje, som historikeren Stian Bones (UiT), snakke om en polarkanal. I dag er det viktig å holde slike sivile kanaler åpne, ikke minst i regi av Barentssamarbeidet.

Dagens kritikk og politiske diskusjon om norsk polar- og nordområdepolitikk er imidlertid som flau bris å regne mot det landets politiske ledere måtte forholde seg til da striden med Danmark om Øst-Grønland pågikk som heftigst på 1920- og 1930-tallet. Politikere hadde da en langt vanskeligere oppgave med å balansere mellom lokale, regionale og økonomiske interessegrupper på hjemmebane og de utenrikspolitiske og folkerettslige overveielser som måtte tas. I tillegg kom en pågående presse, som kunne spille på sårede nasjonale følelser, og som forlangte en aktiv polarpolitikk.

Noen historikere har vært nådeløse i sin dom: “En gjeng av uansvarlige ishavsspesialister fikk i stand en okkupasjon av Øst-Grønland, og drev landet inn i internasjonale forviklinger som knapt noen av de statsmenn som virret omkring hadde ønsket” (Jens Arup Seip, 1963).

Dette er en altfor streng domfellelse. Den må i så fall også gjelde kong Haakon, som så tidlig som i 1906 hadde engasjert seg for å rydde opp i denne verkebyllen mellom Danmark og Norge. Ja, ikke bare det, han støttet også regjeringen lojalt i sluttfasen av saka. I en samtale med en av de norske advokatene under Haagprosessen, Per Rygh, skal kongen ha uttrykt at det var “hans Linje; det var ham som havde lagt den og drevet den igjennom” (Norsk polarhistorie, 2004 bd. 2).

Også den gang var det politisk enighet om de langsiktige politiske målsettingene, det gjaldt da å sikre norsk næringsinteresser og aktivitet på Grønland og Ishavet.  Og det var allmenn oppslutning om datidens folkerett blant politikere og landets jurister, bl.a. prinsippet om at aktivitet og bruk av området som grunnlag for å påberope seg suverenitet. Det var valget av kortsiktige virkemidler i en akutt situasjon skapt både av andre polarstater, overivrige norske polaraktivister og polarforskere, noen pågående presseorgan og stemninger i deler av den offentlige opinion, som gjorde saka så vanskelig og debatten så het. 

Den gang, som i dag, var det vanskelig å skille mellom ren ekspansjonisme og staters helt legitime nasjonale interesser forankret i folkerettslige prinsipper.  I dagens urolige utenrikspolitiske situasjon må våre politiske ledere ha klare hoder og tunga rett i munnen, og ikke nødvendigvis sitte stille i båten, som mange mener småstater bør gjøre. Det gjelder også i nordområdepolitikken. Jeg mener Norge nå har rett mann til rors.